LA VALLEE SACREE
Après cinq nuits passées à Cusco, nous quittons la capitale historique des Incas pour rejoindre la Vallée Sacrée. La plupart des voyageurs la découvrent lors d'une excursion à la journée au départ de Cusco. Nous avons préféré prendre notre temps en posant nos valises trois nuits à Ollantaytambo.
Cette vallée fertile, traversée par la rivière Urubamba, était autrefois le grenier de l'empire inca. Son climat plus doux permettait de cultiver le maïs, les pommes de terre et de nombreuses autres cultures destinées à approvisionner Cusco. Aujourd'hui encore, les terrasses agricoles façonnent les montagnes et les petits villages ont conservé une grande partie de leur authenticité.
POURQUOI CHOISIR OLLANTAYTAMBO COMME CAMP DE BASE ?
Depuis Cusco, nous rejoignons Ollantaytambo en colectivo au départ de la rue Pavitos. Pour seulement 20 soles par personne (moins de 5 €), nous parcourons les deux heures de route qui nous séparent de notre nouvelle étape.
Dès notre arrivée, nous comprenons que ce village n'a rien à voir avec les autres.
Ollantaytambo est l'une des rares villes incas encore habitées. Son plan d'origine est quasiment intact et les habitants vivent toujours dans des maisons construites sur les fondations de l'époque inca. Les ruelles pavées sont parcourues de petits canaux d'irrigation où l'eau descend directement de la montagne, exactement comme il y a plusieurs siècles.
La ville est finalement assez petite et s’organise principalement autour de deux axes : l’un reliant la gare ferroviaire au marché artisanal, l’autre reliant le site archéologique à la Plaza de Armas.
Nous adorons immédiatement l'atmosphère qui règne ici. Les ruelles sont décorées, les façades en pierre alternent avec des murs blanchis à la chaux, les balcons débordent de géraniums et, partout, les montagnes semblent encercler le village.
Tout se découvre à pied. On flâne sans véritable objectif, simplement pour le plaisir de se perdre dans ce labyrinthe de ruelles où l'on croise aussi bien des habitants rentrant du marché que des femmes en tenue traditionnelle installées devant leur métier à tisser.
Nous posons nos bagages à la Casa Patacalle où nous passerons trois nuits. L’établissement nous coûte 89 € avec les petits-déjeuners inclus et l’emplacement est vraiment idéal pour découvrir la ville à pied. Notre chambre possède même une superbe vue sur les ruines du site archéologique.
LES SITES ARCHEOLOGIQUES D'OLLANTAYTAMBO
Dominant le village, la forteresse d'Ollantaytambo est l'un des plus beaux sites archéologiques de la Vallée Sacrée. Son entrée est comprise dans le Boleto Turístico. Impossible de séjourner ici sans visiter cette impressionnante forteresse qui domine le village.
Nous vous conseillons de visiter le site dès son ouverture ou au plus tard avant 10 heures. À cette heure-là, les nombreux bus d'excursion en provenance de Cusco ne sont généralement pas encore arrivés et l'on profite beaucoup plus sereinement des lieux.
Le site servait à la fois de forteresse, de centre religieux et de centre agricole. On y découvre d'immenses terrasses parfaitement conservées, le Temple du Soleil composé de gigantesques monolithes parfaitement ajustés, ainsi que de nombreux canaux d'irrigation toujours fonctionnels.
En mai, juste après la saison des pluies, les collines qui entourent Ollantaytambo sont encore d'un vert éclatant, ce qui rend le panorama particulièrement beau. Et comme souvent, des alpagas paissent tranquillement en liberté. C'est devenu un peu notre repère tout au long du voyage : dès que l'on apercevait des alpagas dans un décor grandiose, on se disait en souriant : "Pas de doute, nous sommes bien au Pérou !"
Comme à Sacsayhuamán, nous sommes fascinés par la qualité des assemblages. Les pierres sont taillées avec une précision incroyable, parfois même avec des angles légèrement arrondis, ce qui rend leur ajustement encore plus impressionnant.
Encore un peu plus haut, nous rejoignons le secteur d’Inka Watana qui offre un superbe panorama sur tout le village et la vallée.
Juste en face de la forteresse se trouve un autre site beaucoup moins connu : Pinkuylluna. Contrairement au site principal, l'accès est entièrement gratuit.
Une vingtaine de minutes de montée suffisent pour rejoindre d'anciens greniers incas construits à flanc de montagne. Leur emplacement n'a rien d'un hasard : exposés au vent et à l'abri de l'humidité, ils permettaient de conserver les récoltes dans des conditions idéales.
Si nous vous conseillons cette balade, c'est aussi surtout pour la vue. Depuis les hauteurs de Pinkuylluna, on profite d'un magnifique panorama sur tout Ollantaytambo, ses toits en tuiles rouges, sa forteresse inca et les montagnes qui ferment la vallée.
En plus, il y a beaucoup moins de visiteurs qu'au site principal.
UNE FETE TRADITIONNELLE INATTENDUE
Nous avons eu la chance d'être présents pendant les célébrations du Señor de Choquekillca, l'une des fêtes religieuses les plus importantes d'Ollantaytambo. Cette fête, classée au patrimoine culturel du Pérou, est l'une des plus importantes de toute la Vallée Sacrée et rassemble chaque année des milliers de fidèles venus des villages environnants.
Nous ne l'avions absolument pas anticipé en préparant notre voyage… et ce fut l'une des plus belles surprises de notre séjour.
Tout autour de la ville, d'immenses barnums sont installés pour accueillir les communautés venues des villages voisins. Certaines familles parcourent plusieurs heures de route pour participer aux festivités et vivent sur place pendant plusieurs jours. Cette fête est avant tout la leur et l'on sent qu'elle constitue un moment de retrouvailles autant qu'une célébration religieuse.
Dès le premier matin, la Plaza de Armas se transforme en véritable œuvre d'art éphémère. Les habitants réalisent pendant plusieurs heures d'immenses mandalas colorés directement sur le sol, à l'aide d'écorces de bois finement broyées, de sciure teintée et de pétales de fleurs. Nous passons un long moment à les regarder travailler. Chacun apporte minutieusement sa petite touche jusqu'à former des motifs d'une précision incroyable.
Si des défilés et des danses animent les rues pendant toute la durée de la fête, c'est incontestablement la cérémonie d'ouverture, appelée La Entrada, qui nous a le plus impressionnés. Pendant plus de deux heures, les différentes communautés défilent autour de la Plaza de Armas au son des fanfares. Chaque groupe porte son costume traditionnel, richement brodé, parfois orné de masques, de plumes ou de coiffes spectaculaires. Plus d'une quinzaine de troupes de danse se succèdent ainsi, chacune avec ses propres musiciens et ses propres chorégraphies, dans une explosion de couleurs et de musique.
Nous passons une bonne partie de la journée à admirer le spectacle. Ce qui nous touche le plus, c'est qu'il ne s'agit pas d'une animation organisée pour les touristes, mais d'une véritable tradition profondément ancrée dans la vie des habitants. Les familles applaudissent, les enfants courent derrière les danseurs, les anciens retrouvent leurs proches… et nous avons la sensation très privilégiée d'assister à un moment de vie authentique.
C'est précisément ce genre de surprise qui rend un voyage inoubliable. Aucun itinéraire, aussi bien préparé soit-il, ne peut prévoir ce type de rencontre avec la culture locale.
UNE EXCELLENTE BASE POUR EXPLORER LA VALLEE SACREE
Au-delà de son charme, Ollantaytambo est idéalement située pour rayonner dans toute la Vallée Sacrée. C'est depuis ce village que nous sommes partis vers le MachuPicchu (décrit dans un autre article), mais aussi que nous avons aussi rejoint les salines de Maras, les terrasses circulaires de Moray et Chinchero. Nous avons visité le site de Pisac depuis Cusco mais il était tout à fait possible de le découvrir depuis Ollantaytambo.
Finalement, nous ne regrettons absolument pas d'avoir quitté Cusco quelques jours. Cette parenthèse au cœur de la Vallée Sacrée nous a permis de découvrir un Pérou plus rural, plus authentique et beaucoup plus calme.
Si nous devions conseiller une seule modification à un itinéraire classique, ce serait probablement celle-ci : plutôt que de faire la Vallée Sacrée en une longue excursion depuis Cusco, prenez le temps d'y dormir quelques nuits. Vous profiterez bien davantage des lieux… et vous risquez, comme nous, de tomber sous le charme d'Ollantaytambo.
LES TRESORS DE LA VALLEE SACREE
Avant même de découvrir les différents sites, je pense qu'il est sympa de faire une halte sur la petite place du village de Maras où se dresse une étonnante sculpture monumentale.
Au premier regard, elle ressemble à une simple statue… mais il suffit d'en faire le tour pour comprendre qu'elle raconte en réalité toute la Vallée Sacrée.
Chaque face met en scène l'un des grands sites de la région : les célèbres salines de Maras, les terrasses concentriques de Moray, le village traditionnel de Chinchero et ses tisserandes, ainsi que les paysages andins qui les relient. Sculptée dans un style très coloré, elle rend hommage au patrimoine historique, agricole et culturel de cette partie du Pérou.
Nous avons trouvé l'idée vraiment originale. Avant même de prendre la route, cette œuvre résume parfaitement ce qui nous attend : une vallée où histoire, traditions et paysages sont intimement liés.
LES SALINES DE MARAS : UN PAYSAGE UNIQUE
À environ 30 minutes de route et 18 km d'Ollantaytambo se trouvent les célèbres Salineras de Maras.
À flanc de montagne, plus de 5 000 bassins de sel forment une immense mosaïque blanche qui épouse parfaitement le relief. Vue d'en haut, on dirait presque une œuvre d'art.
L'entrée coûte 20 soles par personne, mais elle est gratuite avec le boleto touristique. En revanche, la visite est assez rapide : une vingtaine de minutes suffit largement, car on n'a pas le droit de marcher dans les salines et l'on doit se contenter des passerelles aménagées pour les observer de loin. C'est d'ailleurs un peu frustrant, car on aurait aimé s'en approcher davantage.
Ces salines sont exploitées depuis l'époque pré-inca. Une source naturellement très salée jaillit de la montagne puis l'eau est répartie dans les différents bassins. Sous l'action du soleil et du vent, l'eau s'évapore progressivement pour laisser place aux cristaux de sel qui sont ensuite récoltés à la main.
Ce qui nous a le plus surpris, c'est que ce site est toujours exploité aujourd'hui par les familles du village voisin. Chaque bassin appartient à une famille qui perpétue ce savoir-faire ancestral de génération en génération.
MORAY : UN LABORATOIRE AGRICOLE A CIEL OUVERT
Depuis Maras, il faut compter environ 25 minutes de route pour rejoindre Moray. Le trajet traverse au passage un magnifique plateau de cultures, avec de vastes parcelles agricoles qui s'étendent à perte de vue et offrent de superbes vues sur les montagnes environnantes.
L'accès au site de Moray est compris dans le Boleto Turístico ; si vous ne l'avez pas, il faut compter 70 soles pour le billet partiel.
Au premier regard, on découvre d'immenses terrasses circulaires parfaitement dessinées qui s'enfoncent dans le sol comme un gigantesque amphithéâtre. On croirait une immense œuvre de land art façonnée par la nature.
Il est possible de descendre au fond du vallon pour observer les terrasses de plus près.
Longtemps, les archéologues se sont interrogés sur leur fonction. L'hypothèse aujourd'hui la plus admise est que les Incas y réalisaient des expérimentations agricoles. Chaque niveau bénéficie d'un microclimat différent pouvant varier de plusieurs degrés entre le sommet et le fond des terrasses. Ils pouvaient ainsi observer quelles cultures s'adaptaient le mieux aux différentes conditions climatiques.
Quand on imagine que ces recherches étaient déjà menées il y a plus de cinq siècles, on mesure une nouvelle fois l'incroyable avance des Incas dans le domaine de l'agriculture.
Même sans être passionné d'histoire, le lieu impressionne par sa géométrie presque parfaite.
CHINCHERO : ENTRE TRADITIONS ANDINES ET ARTISANAT
Situé à environ 30 minutes de Moray ou 1h d'Ollantaytambo, Chinchero est un village perché à près de 3 800 mètres d'altitude. Ce qui fait surtout sa réputation, ce sont ses nombreuses coopératives de tisserandes.
Dès notre arrivée, nous sommes tout de suite déguisés en habits traditionnels. C'est déjà la deuxième fois du voyage, après la presqu'île de Llachon sur le lac Titicaca. L'expérience nous fait sourire, d'autant plus qu'elle est suivie d'un moment que nous n'attendions pas forcément : nous nourrissons les alpagas pendant une bonne vingtaine de minutes. Ils sont bien sûr dans un enclos, mais cela n'enlève rien au plaisir du moment.
L'activité est très bien rodée et l'on sent que les femmes ont l'habitude de recevoir des visiteurs. Pourtant, nous sommes seuls ce jour-là, et c'est justement ce qui rend l'expérience agréable. Ce n'est pas vraiment le genre d'activité que nous recherchons habituellement, mais dans ces conditions, nous passons un très bon moment.
Nous assistons à une démonstration passionnante des techniques traditionnelles de tissage. Les femmes nous expliquent comment elles lavent, filent puis teignent la laine d'alpaga ou de mouton uniquement à l'aide de colorants naturels : certaines fleurs donnent du jaune, différentes plantes produisent des verts, tandis que la célèbre cochenille permet d'obtenir toute une palette de rouges et de roses. Voir naître toutes ces couleurs à partir d'ingrédients naturels est vraiment fascinant.
Après la visite, nous passons évidemment par le magasin. Comme l'entrée est gratuite, on se sent presque obligés d'acheter quelque chose, et il faut bien reconnaître que le système est plutôt bien pensé. Sans vouloir me répéter, ce n'est pas vraiment le genre de visite que nous avons l'habitude de faire, mais comme il s'agit d'articles faits main, nous ne regrettons pas nos achats.

